Iran : la peine de mort pour délit de parenté

Samedi  9 octobre, une manifestation aura lieu à Paris, place de la Bastille (à 17h), contre les peines de mort prononcées à l’encontre de huit Iraniens, dont une femme, accusés de liens de parenté avec des résidents de la Cité d’Achraf en Irak qui abrite 3400 membres des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) la principale opposition démocratique au régime des mollahs. Ce seul lien a fait d’eux des « Mohareb » ou ennemi de Dieu, aux yeux des mollahs, accusation déjà utilisée dans le massacre des prisonniers politiques de 1988, quand le régime a exécuté 30.000 détenus d’opinion, en immense majorité de l’OMPI. Ali Saremi, âgé de 62 ans, est l’un de ces huit condamnés à mort.

Dans les premières années du pouvoir des mollahs, il a été arrêté à quatre reprises pour sa sympathie à l’égard des Moudjahidine. Il a passé en tout 23 années derrière les barreaux du chah et des mollahs. En août 2007, il a été arrêté pour avoir participé à une cérémonie en mémoire des 30.000 prisonniers politiques massacrés en 1988.  En décembre dernier, au bout de deux ans et demi, sans la moindre procédure judiciaire équitable, il a soudain été condamné à mort et à deux ans de prison. Le crime de M. Saremi est d’avoir son fils au camp Achraf, en Irak. 

Dans une lettre depuis à la prison de Gohardacht en mai 2010, il écrit courageusement : « Le procureur de Téhéran Dolatabadi, dans une interview avec le magazine « Panjereh» reprise dans le quotidien Keyhan du 16 mai, a annoncé que j’ai été accusé de contact avec l’OMPI et que j’avais été arrêté en septembre 2009, après les événements électoraux. Or mon arrestation, à moi Ali Saremi, date du 4 septembre 2007 soit deux ans avant l’élection. Mon voyage à la Cité d’Achraf pour y voir mon fils remonte à 2005 et c’est à cause de cette visite de quelques jours, que j’ai été condamné à un an de prison. J’ai été arrêté en 2007 pour m’être rendu au cimetière de Khavaran me recueillir sur les tombes des exécutés de 1988.

« Mais est-ce que vous considérez vraiment que se recueillir sur une tombe, soutenir une organisation ou la visite d’un père à son fils relèvent de la guerre contre Dieu et doivent être punis de mort ? C’est pourquoi les déclarations du procureur de Téhéran sont tellement dénuées de fondement qu’elles ne méritent aucun commentaire, et ces accusations sont si infondées qu’ils ne sont pas prêts à notifier le jugement à mon avocat. L’ordre a été donné à la cour d’appel et confirmé, pour sauver les apparences, alors que le jugement n’avait ni ma signature, ni celle de mon avocat. » 

Apprenant la confirmation de sa condamnation à mort, il envoie à nouveau un message intransigeant et courageux depuis sa prison. « J’ai lu une fois de plus dans les journaux que le procureur [du régime] avait dit que les condamnations à mort de six sympathisants de l’OMPI étaient confirmées et qu’elles seraient bientôt appliquées. Il faut demander au procureur : N’avez-vous jamais donné à ce pays autre chose que la mort, la pauvreté, la terreur et des matraques au cours des trente et une années de votre pouvoir ?  « En revenant sur les événements de ces 31 années, on peut se rendre compte que l’exécution de six d’entre nous n’est pas un roman ni un conte étonnant ! C’est la seule chose que vous sachiez faire. Funestes réactionnaires, avez-vous apporté autre chose que la mort au peuple iranien ? »

Akbar Saremi, son fils, dénonce dans un site, l’ordre d’exécuter son père : « Je m’appelle Akbar Saremi. Je suis le fils du prisonnier politique Ali Saremi. Mon père a été condamné à mort pour être venu me voir à Achraf, en Irak le camp des Moudjahidine du peuple. La seule justification c’est que le régime n’a pas réussi à mater le soulèvement en Iran. Il est contraint d’exécuter des prisonniers politiques. Ces détenus sont entre ses mains et enchaînés, incapables de faire quoi que ce soit. Il les exécute uniquement pour effrayer la population afin qu’elle ne participe pas au soulèvement.

« Mon père est venu me voir à la Cité d’Achraf il y a quelques années. À son retour en Iran, je l’ai appelé pour m’assurer qu’il était arrivé en toute sécurité. C’est après ce coup de téléphone que le régime a découvert qu’il était venu me voir à la Cité d’Achraf. Ils ont attaqué notre maison et arrêté mon père. Ils ont détruit tous nos biens. Puis ils ont condamné mon père à mort.

« D’un côté, nous voyons comment le régime fait pression sur les familles des membres des Moudjahidines du peuple. J’appelle donc les organisations internationales à prendre des mesures à cet égard. Il faut empêcher ces exécutions. Il faut condamner les pressions exercées sur les prisonniers politiques. D’un autre côté, cela fait un certain temps maintenant que les voyous du ministère du Renseignement des mollahs sont devant la Cité d’Achraf [sous prétexte de liens de parentés avec des résidents]. Ils nous insultent, ils vomissent des jurons à l’encontre des Achrafiens, des insultes qui ne sont bonnes que pour eux-mêmes et leur guide suprême. »

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