massacre de 1988
Par
Mansoureh Galestan
Cimetière de Khavaran dans le sud de Téhéran, fosses communes ayant abrité un grand nombre de ces prisonniers politiques, exécutées lors du massacre de 1988

Le 17 juillet, Morgan Ortagus, porte-parole du Département d’État américain, a évoqué l’impunité au sujet de plusieurs décennies de violations des droits de l’homme. «Tous les responsables iraniens qui commettent des violations des droits humains ou des abus devraient être tenus responsables», a-t-elle déclaré. «Les États-Unis appellent la communauté internationale à mener des enquêtes indépendantes et obliger les dirigeants iraniens à rendre des comptes concernant les horribles violations des droits de l’homme organisées par le régime iranien.»

La déclaration d’Ortagus a attiré l’attention sur deux violations de ce type, l’une bien médiatisée dans les cercles politiques occidentaux et l’autre longtemps négligée par la communauté internationale. En premier lieu, elle a noté que le 11 juillet avait marqué l’anniversaire du «meurtre brutal de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi», qui avait été arrêtée et torturée pour avoir couvert des manifestations populaires à Téhéran en 2003. Ortagus a alors désigné le 19 juillet comme un autre anniversaire: la mise en place de «commissions de la mort» visant à massacrer les prisonniers iraniens en 1988.


Les commissions de la mort étaient le produit d’une fatwa du fondateur du régime religieux Rouhollah Khomeini, qui déclarait que l’opposition au régime était une « inimitié contre Dieu » et donc passible de mort. Le régime a rapidement entrepris d’éliminer la principale opposition, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI-MEK) avec des exécutions massives.

Le but des commissions de la mort était d’interroger les détenus politiques dans les nombreux établissements pénitentiaires iraniens et de déterminer s’ils continueraient à défendre leurs convictions politiques.

En 1981, l’OMPI a organisé une manifestation d’un demi-million de participants qui ont marché vers le parlement pour réclamer un minimum de liberté dans la société. Des milliers de manifestants pacifiques ont été la cible de balles réelles des forces de sécurité. Cet affrontement précoce entre le régime et le peuple a établi un schéma qui se répétera encore et encore, à travers la manifestation d’une semaine en 2003, les manifestations de 2009 et trois soulèvements à l’échelle nationale qui ont secoué l’Iran depuis de 2017.

Entre ces incidents, les membres et partisans de l’OMPI ont souffert d’innombrables arrestations arbitraires, exécutions à motivation politique et assassinats. L’OMPI à elle seule a perdu 120 000 membres à cause des violences politiques. Mais pas moins d’un quart de ce nombre a perdu la vie aux mains des commissions de la mort en 1988.

De nombreux résistants ont rejeté explicitement les demandes des commissions de la mort de renier leurs convictions et de déclarer fidélité au régime. Ils se sont donc rendus à la potence en nombre effarant, où ils ont été exécutés par groupes de plusieurs à la fois jusqu’à ce que le nombre total de victimes ait dépassé les 30 000 victimes.

Le nombre réel de ces victimes n’a peut-être jamais été connu avec certitude, car Téhéran a imposé le silence sur la question du massacre de 1988 et a cherché à anéantir systématiquement les preuves. Outre l’inhumation de nombreuses victimes dans des fosses communes secrètes, certaines de ces fosses sont depuis devenues le site de projets de construction qui menacent d’entraver sérieusement tout effort international visant à les identifier et à les examiner, et à clarifier le nombre et l’identité des personnes qui y sont enterrées.