Le Corps des Gardiens de la Révolution
Les efforts des Pasdaran pour s’emparer de la route reliant l’Irak à la Syrie, qui lui donnera accès aux côtes orientales de la Méditerranée

La théocratie iranienne est en train d’élargir le champ de ses interventions criminelles et de la guerre civile pour s’emparer coûte que coûte de la route qui relie l’Irak à la Syrie et qui lui donnera accès aux côtes orientales de la Méditerranée.

Plus de 100.000 miliciens, pour la plupart des Afghans, des Irakiens, des Libanais et des Pakistanais, combattent actuellement pour le Corps des Gardiens de la Révolution iraniens (les Pasdarans / CGRI) en Syrie. Le tiers de ce chiffre est constitué de Syriens qui ont été organisés par le CGRI, sur le modèle de la milice Bassidj en Iran. Toutes ces forces sont financées, armées, contrôlées et commandées par le CGRI.

Le 14 janvier 2017, le Général de Brigade Hussein Yekta, un des haut-commandants des Gardiens de la Révolution et commandant en chef de la Garnison de Khatam, a révélé que 18.000 Afghans ont été organisés par les Gardiens de la Révolution dans une division appelée Fatemiyoune qui combat en Syrie. Un bon nombre des Afghans résidants en Iran se trouvent contraints d’aller combattre en Syrie pour fuir la précarité, le chômage, la non-délivrance de papiers d’identité et toute une série de privations qui leurs sont imposées par le pouvoir iranien.

Selon des nouvelles informations obtenues de l’intérieur du pouvoir en place en Iran :

1. À l’heure actuelle, les forces afghanes sont envoyés régulièrement en Syrie tous les mardis. Les Afghans résidants les départements du centre de l’Iran sont d’abord inscrits dans un bureau de recrutement du CGRI dans le sud de Téhéran (en face de la station métro du Mausolée de Khomeiny) avant d’être transférés à la Garnison de Khair-ul-Hafeddin dans le quartier Chahriar (sud de Téhéran). Ils sont ensuite transportés en Syrie depuis l’aéroport Khomeiny par les lignes des deux Compagnies Iran Air et Mahan. Environ 2000 Afghans sont envoyés chaque semaine en Syrie par cet acheminement.

Les conseils départementaux ont ouvert des bureaux d’inscription pour les Afghans dans divers départements du pays.
Un certain nombre de ces Afghans suivent d’abord une formation militaire dans un camp d’entrainement du CGRI proche de la ville de Qom. D’autres sont formés en Syrie même.

2. Toutes les personnes qui sont envoyés en Syrie par le CGRI, obtiennent une carte d’identité délivrée par le commandement général du CGRI dans un immeuble appelé bâtiment en verre (ChicheÏ) toute proche de l’aéroport de Damas. Cet appartement de 5 étages abrite le QG du CGRI en Syrie.
Après avoir obtenu leur papier d’identité, les Afghans sont transférés à la Garnison Cheybani (appelée aussi la Caserne d’Imam Hussein) à l’ouest de Damas, avant d’être affectés aux unités qui combattent dans divers points de la Syrie.

Ceux qui n’ont pas eu de formation militaire, seront formés dans cette même caserne. Les Afghans restent entre un mois et demi à deux mois en Syrie. Avec l’intensification des hostilités lors des mois derniers, le nombre des Afghans déployés dans ce pays par la théocratie iranienne a augmenté et de nombreux d’entre eux ont été tués. Des enfants de 14 ans se trouvent également parmi ces troupes afghanes recrutées par les Pasdaran.

3. Les Gardiens de la Révolution déploient également en Syrie de nombreuses milices irakiennes qui sont à leur solde. La division Badr, le mouvement Al-Nujaba et les milices Assa'ib-Ahl’el Hagh, Kata'ib Imam Ali, Kata'ib Seyyed al-Chohada, le mouvement Al-Abdal, la milice Ansarallah-Owfia, la milice Saraya-Khorassani et la milice Kata'ib-Seffin sont parmi les forces paramilitaires qui combattent pour le pouvoir iranien en Syrie.

Le CGRI a mis sur pied une garnison proche de la ville d’Abadan (sud de l’Iran) dans la zone Polé-No, sur le chemin de la ville de Chalamcheh, pour la formation des miliciens du mouvement Al-Abdal. Les membres de ce groupe sont tout d’abord transférés de Bassorah (sud de l’Irak) à cette garnison pour une brève formation militaire et idéologique, avant d’être envoyés en Syrie. Un bureau de ce groupe qui a été ouvert dans la rue Amir-Abad au centre-ville d’Abadan est dirigé par un certain Abou Fatmeh-El-Amara.

Abou Akram al-Majedi est le commandant en chef de ce mouvement. Son lieutenant s’appelle Kamal Hassanawi et Mostafa Ozbeidi (alias Abou Fadak) est le commandant en chef des forces de ce groupe qui combattent en Syrie.

Une partie des troupes de ce mouvement et des troupes du groupe Kata'ib Seyyed al-Chohada ont été récemment déployées dans la région d’Al-Tanf (en Syrie). Une autre partie des troupes d’Al-Abdal ont été déployées à Rutba, du côté irakien de la frontière syrienne, et une autre partie encore constitue le 39e Brigade de Hachd al-Chaabi (« Unités de mobilisation populaire », une coalition irakiennes de milices paramilitaires formées en 2014, commanditée par le régime iranien).

4. Un autre groupe irakien, Kata'ib Imam Ali, possède une brigade en Syrie. En août 2017, certains membres de ce groupe ont été transférés en secret dans une caserne du CGRI proche de Téhéran, pour une formation militaire de plusieurs mois. Cette milice est dirigée par un certain Haj Abou-Ali et une partie de ses troupes a été déployée dans la région de Deir-El-Zor (en Syrie), où ils sont commandés par Mohammad al-Bawi (alias Abou Abd). Les forces de ce groupe sont toujours envoyés à Damas depuis la ville d’Abadan, dans le sud de l’Iran.

La guerre en Syrie est commandée par le CGRI

5. Sur le terrain, en Syrie, c’est le CGRI qui commande les opérations. Le QG du CGRI se trouve dans un immeuble en verre à proximité de l’aéroport de Damas. Les Gardiens de la Révolution ont divisé la Syrie en plusieurs zones opérationnelles. Un QG a été constitué pour chacune de ces zones (les détails ont été révélés par la Résistance iranienne en juillet 2016).

Trois QG dirigent les opérations en Syrie, a révélé Javad Qorbani, l’un des commandants du CGRI sur le terrain, dans une interview accordée au média iranien Jam-e-Jam le 21 janvier 2017. Ces trois QG s’appellent le QG de Roqiyah à Alep (zone nord), le Nabi entre Alep et Damas (zone central) et le Zeinab vers Deraa (zone sud). Javad Qorbani qui est l’un des commandants du QG de Zeinab précise que ce QG s’occupe des opérations sur 29 points de la zone sud. « Ce qui signifie que nous avons 29 fronts de combat », affirme Qorbani.

6. Voici l’identité des commandants de ces zones :

• Javad Ghaffari qui a été l’un des commandants de la guerre Iran-Irak, était depuis quatre ans le commandant militaire d’Alep et de la zone nord, avant d’être nommé commandant en chef des forces du CGRI dans le zone central, à la fin 2016. Ghaffari a accompagné, il y a un an, le général Qassem Soleimani (commandant en chef de la force Qods des Pasdaran) dans ses rencontres avec Bachar al-Assad et Hassan Nasrallah (le chef du Hezbollah libanais). Le Dictateur syrien a fait son éloge lors de cette rencontre.

• Le Général de Brigade Rahim No’i-Aqdam (alias Abou Hussein) est le commandant en chef de la zone sud. Il siège dans le QG de Zeinab, à 50 km au sud de Damas vers Deraa. No’i-Aqdam était un ancien commandant du CGRI dans le Département d’Ardebil (nord-ouest de l’Iran).

• Un adjoint de Javad Ghaffari, Abu Baqer, est le commandant du front central. Il siège depuis un an dans le fameux immeuble en verre (proche de l’aéroport de Damas), mais il se déplace souvent dans l’est de la Syrie, selon les opérations menées par le CGRI.

Les efforts du CGRI pour s’emparer de la route reliant l’Irak à la Syrie

7. Depuis plusieurs mois, le CGRI a concentré ses forces pour s’emparer de la route reliant l’Irak à la Syrie. Les commandants du CGRI contrôlent pour cela des milices, des deux côtés de la frontière. Ils projettent de prendre en main le contrôle d’environ 400 kilomètres de cette frontière.

• Les milices d’Aça'ib-Ahl’e Hagh, de Kata'ib Hezbollah et de Kata'ib Seyyed al-Chohada et un bataillon du mouvement Ansarallah-Owfia, ont été déployées du côté irakien dans le sud de cette frontière, sur le point de contrôle du passage Al-Valid, (proche de la frontière jordanienne). Haj Hamed, l’un des lieutenants du Général Qassem Soleimani, se trouve parmi les forces de Kata'ib Hezbollah de cette région, pour mener à bien ce projet. Du côté syrien de ce même passage, les troupes des milices de Kata'ib Hezbollah et de Kata'ib Seyyed al-Chohada sont en train d’avancer vers la frontière.

• Dans le nord de la frontière irako-syrienne, sur le point de contrôle de Qirvan, les forces du CGRI se sont déployées des deux côtés de la frontière. Les troupes de plusieurs milices dont celles de Kata'ib Imam Ali se trouvent concentrées dans cette région frontalière.

• Parallèlement à cette concentration des forces dans ces deux points de contrôle frontaliers, le CGRI tente de s’emparer des villes syriennes de Deir ez-zor, de Mayadin et de Abou Kamel pour ouvrir un passage dans la partie centrale de la frontière. De nombreuses troupes composées d’Afghans, d’irakiens et de pakistanais ont été déployés dans cette région pour mener à bien les opérations.

Les peuples iraniens et syriens rejettent la guerre en Syrie

8. Les pertes humaines enregistrées par le CGRI ont engendré un phénomène de rejet dans les familles des victimes. C’est pourquoi le CGRI s’efforce de réduire le déploiement des soldats iraniens en Syrie et tente plutôt d’employer des miliciens non-iraniens.

Les retombées de la guerre syrienne deviennent de plus en plus insupportable dans la population iranienne. Le slogan « laisse tomber la Syrie, pense un peu à nous » est monnaie courante dans les manifestations de la mouvance contestataire dans la société iranienne.

Selon les rapports qui nous parviennent de l’intérieur du pouvoir, le Général Soleimani a lui-même reconnu lors d’une réunion du Conseil suprême de la sécurité nationale en septembre 2017, que tout le monde s’oppose régime iranien en Syrie. Les gens considèrent cette présence comme la cause de la poursuite du conflit, des massacres et des destructions. Même les chiites syriens sur lesquels comptait le pouvoir iranien, expriment leur colère vis-à-vis de la politique de celui-ci dans leur pays, a reconnu le Général Soleimani. À l’exception de Bachar al-Assad, même de hauts responsables du gouvernement et la plupart des ministres syriens, voient dans le régime iranien, la source de cette guerre en Syrie. C’est pourquoi d’ailleurs certains gardes du corps d’Assad et des membres des services secrets de l’Armée de celui-ci, sont des membres du CGRI. Bachar al-Assad ne fait plus confiance aux commandants et au personnel de son propre armée. Certains commandants du CGRI mettent d’ailleurs l’uniforme de l’armée syrienne pour changer d’apparence.

Secrétariat du Conseil National de la résistance iranienne
11 octobre 2017